Michel Jullien lauréat du prix de la Matinale de l'ENS

13/11/18
Michel Jullien lauréat du prix de la Matinale de l'ENS
Michel Jullien, que nous avons reçu le 18 octobre dernier, lauréat du prix de la Matinale de l'ENS. 



Le Prix de la Matinale de l’ENS est décerné par de jeunes normaliens désireux de rapprocher le champ universitaire de la production littéraire contemporaine. Il vise à récompenser un roman de la rentrée littéraire dont l’auteur a su faire preuve d’audace, qu’elle soit surannée ou subversive. Cette audace passe notamment par le choix de personnages extra-ordinaires, qu’ils soient en périphérie de l’histoire ou du monde ; par l’intelligence d’une narration qui mêle souvent les temporalités et les voix ; par une écriture subtile, puissante ou surprenante.  



Michel Jullien, l'île aux troncs, éditions Verdier

« Non ce n’est pas une île peuplée d’arbres. Ça se passe après la Seconde Guerre mondiale, sur l’île de Valaam, où est rassemblée  une petite communauté d’amputés de la guerre, victimes de la marche de l’histoire. Privés de la plénitude des ambidextres, ces soldats en loque depuis 1942, reclus dans un drôle d’îlot glaciaire, tentent de se reconstruire et d’oublier la douleur de leur membre fantôme.  (…)

La langue de ce roman est comme la première bouchée de caviar après un verre de vodka bu dans un petit rade de Vladivostok : surprenante et délicieuse. C’est un langage qu’on n’a jamais entendu ailleurs, et que, pourtant, on comprend. En passant par des analogies perpétuelles, dans des phrases qui s’étirent comme du caoutchouc, Jullien nous fait redécouvrir qu’on peut être très prosaïque et imagé en même temps. L’auteur, qui avant d’être romancier était un alpiniste assidû, et franchement quelle différence à part les moufles, nous entraîne sans mauvais jeux de mots dans les montagnes russes de l’argot, comme on parlerait très fort un patois unique au milieu du Ritz. Ce ne sont pas des phrases, mais des périphrases qui constituent la trame du roman, dont l’histoire est comme avalée par la langue, sans pour autant tomber dans une auto-contemplation narcissique et stérile. 

Michel Jullien a quelque chose de Céline, sans la bagatelle entendons-nous, et puisqu’il faut lui trouver une ascendance, on pourrait également convoquer Beckett, non seulement pour ce goût de l’étrange de la langue, du biais, mais aussi pour l’immobilité de la structure qui se regarde s’effondrer sur elle-même. (…) »

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