Zahia Rahmani

15/8/19
Zahia Rahmani
Zahia Rahmani a fait de sa biographie le matériau de son travail littéraire.

Ses cinq premières années en Algérie, son père devenu harki, sa langue maternelle, le Berbère, son éducation en Franceont nourri deux livres remarqués : Moze et Musulman. France, récit d’une enfance, s’inscrit dans la même veine.
France, récit d’une enfance (Sabine Wespieser, 2007)
Zahia Rahmani est née en Algérie en 1962. Elle a fait de sa biographie le matériau de son travail littéraire. Ses cinq premières années en Algérie, son père devenu harki, sa langue maternelle, le Berbère, son éducation en France, ont nourri deux livres remarqués : Moze (2003) et « Musulman » roman (2005). France, récit d’une enfance, s’inscrit dans la même veine, se présentant comme le panneau manquant d’un triptyque. Elle dirige actuellement un programme de recherche à l’Institut national d’Histoire de l’art. Elle intervient et publie régulièrement sur l’art et la littérature contemporaine.





Bibliographie :
 
France, récit d’une enfance (Sabine Wespieser, 2007)
Musulman (Sabine Wespieser, 2005 - mention spéciale du Prix Wepler)
Moze (Sabine Wespieser, 2003)
Résumé de France, récit d’une enfance :
 
L’homme cultive l’imagination là où il est né. Quand l’adversité, la guerre, le font grandir en dehors de ce lieu, il est tenté d’imaginer ce qu’aurait pu être sa vie sans cette rupture, ne serait-ce que pour oublier un temps, ce que l’on pense ici de lui. Recourir en ce cas au « je » ne serait-il pas pour lui la seule fiction possible ? Zahia Rahmani
 
Ce livre trouve son origine dans l’ardente nécessité qu’éprouve la narratrice de dire à sa mère, gravement malade, tout ce qu’elle lui doit. Rien d’évident dans cette enfance française, malgré l’école, les fêtes villageoises, la joie de découvrir - à l’insu de tous - la littérature et l’art. Les cinq premières années en Algérie, les conflits avec un père harki, le racisme ordinaire, le rejet, ont douloureusement marqué la petite fille puis l’adolescente rebelle. Quand les souvenirs affluent, ils disent la peur, la solitude, la violence qui lui a été faite et son désir de fuir. Mais ils disent aussi l’appétit, la curiosité, et l’envie de vivre en société : si la jeune fille a donné des gages, si elle est devenue excellente élève, si elle s’est fait accepter par ses voisins, cultivant avec eux leur jardin et partageant leur histoire, c’est bien grâce à sa mère. Cette femme qui, elle, a refusé l’assimilation, qui ne parle que le berbère et libère les animaux en cage, n’a eu de cesse de transmettre à sa fille la fierté de ses origines : elle n’est pas l’enfant sans passé et sans gloire dont la société française lui renvoie l’image. Elle est riche d’une généalogie et de la possibilité de s’en inventer d’autres : car elle appartient aussi bien à sa famille réelle qu’à celle des héros de la littérature américaine qui l’ont tant marquée et au milieu rural dans lequel elle a grandi. Si Zahia Rahmani se penche aujourd’hui sur son enfance, si elle rend à sa mère un hommage bouleversant de tendresse, son livre est aussi un appel vibrant contre la violence insidieuse, celle que perpétue toute une société à l’égard de ses propres enfants.
 


 
« Musulman » roman de Zahia Rahmani ou la fabrique de la figure du paria
Sabine Wespieser Éditeur
À l’heure des amalgames relayés dans les discours politiques et des débats identitaires qui font rage dans la société, le livre de Zahia Rahmani est un petit uppercut qui aide à penser le monde d'aujourd'hui.
A mi-chemin entre réflexion politique et philosophique, entre prose et poésie, « Musulman » roman est un brûlot visionnaire (la première édition date de 2005) qui résonne avec l'actualité.
 
Dans ce livre revendicatif et généreux, Zahia Rahmani, qui a quitté l'Algérie enfant pour la France, raconte, à travers son héroïne, comment elle est devenue « Musulman ».
 
Ayant passé sa vie à fuir les étiquettes que la société nous impose, la jeune femme Kabyle, est retenue dans un camp du simple fait de ses origines supposées musulmanes. Face à des émules de l’ignorance qui effacent la diversité, au nom du principe de guerre, la narratrice se réfugie dans ses souvenirs et interroge son identité.
 
 
musulman-roman-de-zahia-rahmani
 
Zahia Rahmani a publié trois livres chez Sabine Wespieser éditeur : Moze, finaliste du prix littéraire Femina en 2003, « Musulman » roman, qui a obtenu la mention spéciale du Prix Wepler en 2005 et France, récit d'une enfance en 2006.
 
 
Fille de harki, elle raconte la fuite de son pays natal, la perte dès l'âge de cinq ans de la langue maternelle, le berbère, « une langue de contes, de récits d'ogres et de légendes », l'apprentissage du français, la solitude et le déracinement. Et le désir de s'enraciner. De trouver une place dans une société qui n'est pas celle de sa naissance.
 
En grandissant, Elohim (c'est son nom), issue d'une culture dite minoritaire, sera confrontée à une nouvelle violence : « le déni de la diversité de celui qu'on noie sous la figure générique de l'Arabe ». Elle expérimentera l’aliénation que provoque le fait de refuser à une personne née dans une culture, a fortiori musulmane, le droit d’être autre chose.
 
« En France, je venais de vivre ma révolte. Je détestais mon père. Je lui reprochais notre vie misérable de Français arabes que nous n'étions pas. Si seulement nous étions arabes, lui disais-je, si seulement nous l'étions, mais nous ne l'étions pas. Si seulement nous étions français, français depuis des décennies, mais nous ne l'étions toujours pas. Nous vivions terrés dans un bout de campagne française. A l'abri, derrière les hauts murs de notre maison, mon père travaillait à sa survie. Pour nous, ses enfants, il ne pouvait rien. Je me suis mise à haïr toutes ces marques d’identités qui s’accrochaient à moi comme le chiendent à la terre. Arabes, immigrés, exilés, musulmans, je nous voyais maintenus dans un univers infect où même la plus misérable des vies se devait quand même d’être satisfaite de sa condition.»
 
Interrogeant la construction de la figure du paria ainsi que l’existence d'un islam imaginaire incarné par des musulmans présumés, « Musulman » roman de Zahia Rahmani est un livre essentiel contre l'ignorance, la bêtise et ses dérives.


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