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POUR L'IMAGINAIRE DES ENFANTS, LE TERRAIN D'AVENTURES C'EST L'ANTITHESE DU SQUARE

Lundi 14 Juin 2021
POUR L'IMAGINAIRE DES ENFANTS, LE TERRAIN D'AVENTURES C'EST L'ANTITHESE DU SQUARE
Dans les années 1970, au pied des immeubles, des espaces de jeu libre favorisant la découverte se multiplient, avant de péricliter. De Villiers-le-Bel à Reims, Bordeaux ou Angers, ils font leur retour en France aujourd’hui. Le professeur en sciences de l’éducation Sylvain Wagnon revient sur ce concept.

À quand remontent les premiers terrains d’aventure ?
Le concept est apparu dans les années 1930 au Danemark. On le doit à l’architecte paysagiste danois Carl Theodor Sørensen, qui en avait marre de réaliser de beaux parcs bien structurés dans lesquels les enfants ne jouaient pas. Il rêve d’un espace plus ouvert, où ces derniers pourraient faire fonctionner leur imaginaire, donner libre cours à leur esprit d’invention, expérimenter… Le terrain d’aventure, c’est l’antithèse du square. Il ouvre sur du jeu libre, à la différence des aires citadines avec leurs activités dirigées autour de toboggans et de tourniquets, qui sont pensées par des adultes qui méconnaissent les motivations des enfants. En 1943, un premier projet qui existe encore se concrétise à Emdrup, dans la banlieue de Copenhague. Mais le mouvement prend surtout de l’ampleur en Angleterre.

Dans quel contexte émergent ces expériences ?
Les terrains d’aventure se développent en même temps que la psychologie de l’enfant, qui commence à interroger le statut de ce dernier, ses droits ainsi que sa place dans la société et dans la ville qui connaît à cette époque d’importantes transformations. Dans les années 1950, on assiste à une densification urbaine. Au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Suisse comme en France des terrains d’aventure se mettent à pousser au pied des immeubles en construction... À la manière de l’éducation nouvelle qui voulait mettre l’enfant en lien avec la vie, ces espaces permettent à celui-ci de s’exprimer au travers d’expériences très concrètes, en rapport avec ses intérêts propres : construire, jardiner, s’occuper des animaux, observer son environnement…

“Ces projets s’accordent avec des pratiques anti-autoritaires.”

Les années 70 représentent l’âge d’or des terrains d’aventure. Pourquoi ?
À l’époque, de nombreux terrains vagues de banlieue sont convertis en lieux de jeu et de découverte grâce à des associations d’éducation populaire. Des animateurs sociaux sont présents, mais en retrait. Ils ne sont pas là pour dire à l’enfant ce qu’il doit faire, ni pour le diriger. Ils interviennent le moins possible, n’orientent pas les activités. Dans les terrains de Bellevue à Nantes ou de la Meinau à la périphérie de Strasbourg, les enfants construisent eux-mêmes des jeux avec des matériaux de récupération et des outils que les éducateurs mettent à leur disposition. Ces projets se développent comme de nouveaux espaces de luttes écologistes et s’accordent avec des pratiques anti-autoritaires. Ils donnent forme aux utopies éducatives et politiques de Mai 68. C’est vrai dans le monde entier. En 1979, le mouvement gagne la ville de Berkeley, aux États-Unis, avant d’arriver au Japon. La plupart de ces expériences, fragilisées par la spéculation immobilière, ont eu du mal à se pérenniser en France à partir des années 80. Même si l’idée a continué à faire son chemin et si certains projets ont perduré, comme le terrain d’aventure des Petits Pierrots créé en 1988 dans le XXe arrondissement de Paris.
Les enfants construisent eux-mêmes des jeux avec des matériaux de récupération et des outils que les éducateurs mettent à leur disposition.



Les enfants construisent eux-mêmes des jeux avec des matériaux de récupération et des outils que les éducateurs mettent à leur disposition.

Depuis quelques années, les initiatives se multiplient en France…
On observe un vrai regain d’intérêt pour les terrains d’aventure. Plusieurs ont éclos en Île-de-France, en Pays de la Loire, ainsi qu’à Reims, Bordeaux ou Marseille. Sans oublier celui qui va sortir de terre à Montpellier cet été. Ces projets sont en phase avec le mouvement de végétalisation des espaces urbains. Souvent initiés et soutenus par les Ceméa [Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, ndlr], ils participent d’une réflexion sur la place de l’enfant dans la ville. Mais attention à ce que tout ne devienne pas terrain d’aventure. Il ne faudrait pas que ce succès fasse perdre de vue leur logique éducative, citoyenne, écologique. Ce n’est pas de l’accrobranche !

“Dans ces espaces, les enfants apprennent à identifier le danger.”

Faut-il accepter une part de risque ?
Il est plus risqué en effet de construire des cabanes avec des planches, des scies et des marteaux que de grimper sur un toboggan. Et pourtant, il n’y a pas plus d’accidents ! En réalité, dans ces espaces, les enfants apprennent à identifier le danger. Avec l’expérience mais aussi grâce aux éducateurs, ils prennent conscience de leurs limites. Cette capacité à évaluer les risques qu’ils encourent participe de leur développement. On vit dans une société qui introduit quantité de normes à force de vouloir tout sécuriser au maximum. Les terrains d’aventure sont l’occasion d’apprendre à faire attention à soi, mais aussi aux autres. Les enfants sont libres de faire ce qu’ils veulent tant qu’ils ne gênent pas les autres.

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