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GRAFFITIS, MARQUER LES MURS, MARQUER L'HISTOIRE

Samedi 18 Septembre 2021
GRAFFITIS, MARQUER LES MURS, MARQUER L'HISTOIRE
Entre les XVIe et XIXe siècles, artistes de grand nom, soldats et touristes anonymes ont creusé dessins et inscriptions au-dessous d’œuvres majeures à Rome. Acte de dégradation ou symbole d'adoration ? Comment interpréter ces graffitis ?

"Traces d’histoire dans la ville, avec des graffitis pour marquer les murs, pour marquer l’histoire. Au moment de visiter une salle du Vatican ou un vestige antique sur le mont Palatin, le gardien prévient : « On touche avec les yeux ! ». À Rome, du XVIe au XIXe siècle (et sans doute encore aujourd’hui), il fallait ajouter : « Et n’inscrivez pas votre nom sur la fresque de Raphaël, non mais ! ». Pourtant, ceux qui ont laissé leur nom s’appellent Poussin, David, Carpeaux, Piranèse. Eux, qui n’ont pas touché qu’avec leurs yeux, ont laissé une trace de leur passage qui nous donnent à voir d’une autre manière l’histoire de l’art." Xavier Mauduit

Signature immortalisée sur le coin d’un mur, dessin gravé au pied d’une statue, les graffitis désignent les inscriptions spontanées qui marquent une présence éphémère dans une histoire au long cours. Terme italien employé exclusivement au pluriel, les graffitis ne sont jamais isolés, ils forment un échange par empreintes interposées. Véritables pépites pour celles et ceux qui les étudient, les graffitis renseignent tant sur l’histoire quotidienne que sur le rapport des individus à leur environnement.

Entre le XVIe et le XIXe siècle, un étonnant phénomène fleurit dans les hauts lieux de Rome, comme le Vatican ou la villa Adriana à Tivoli : noms de peintres et dates creusés au stylet apparaissent sous les fresques de grands peintres et monuments antiques. L'historienne de l'art Charlotte Guichard nous emmène à Rome scruter ces inscriptions fascinantes de l'époque moderne où les graffitis deviennent des signes de dévotion et d'affiliation artistique ou les marques d'affirmation d'un nouveau centre esthétique.

" On connaît les fresques à Rome par leurs reproductions très belles et très lisses. À partir du moment où on commence à les regarder, comme je l'ai fait, dans leur épaisseur matérielle et temporelle, elles apparaissent sous un jour nouveau. Elles sont marquées par des traces successives d'habitants de Rome, d'artistes, de soldats. Ces murs sont de véritables palimpsestes sur lesquels on peut lire le passage du temps, les outrages, mais aussi des formes d'admiration au cours des siècles". Charlotte Guichard


Signature du sculpteur Augustin Pajou (1730-1809) apposée sur une fresque antique à l'intérieur du cryptoportique de la Pescheria dans la villa Adriana à Tivoli• Crédits : Charlotte Guichard (avec l'aimable autorisation du MIBAC)


Des artistes gravent leur nom sous la fresque de Raphaël "Héliodore chassé du temple" au palais du Vatican, comme Filippo Agricola, restaurateur de la fresque.• Crédits : Charlotte Guichard

Avec Charlotte Guichard, historienne de l'art, directrice de recherche au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine), directrice de l’école doctorale "Lettres, Arts, Sciences Humaines et Sociales à l’ENS" et professeure attachée à l’École normale supérieure. Elle signe notamment Graffitis. Inscrire son nom à Rome (XVIe-XIXe siècles), Paris, Seuil, 2014 (coll. L’Univers Historique) et La Griffe du peintre – La valeur de l’art (1730-1820), Seuil, 2018 (coll. L’Univers Historique Illustré).

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