ALAIN : QUEL EST LE PRIX DU PACIFISME ?

Mercredi 16 Mars 2022
ALAIN : QUEL EST LE PRIX DU PACIFISME ?
Alain est un personnage indissociable de la IIIe République. Ainsi son parcours biographique dépendit-il des trois guerres qui la jalonnent : il grandit dans la France d'après la guerre de 1870, combattit lors de la Première Guerre mondiale et sa mémoire restera marquée du sceau de positions incertaines au moment de la Seconde. De la même façon, son cheminement intellectuel s'est entièrement déroulé dans les voies de l'excellence telles que l'école républicaine les invente alors : il est enfant de la petite bourgeoisie normande, obtient son baccalauréat à Alençon (ce qui marque le début de son ascension sociale), sera normalien rue d'Ulm à Paris avant d'être le professeur de khâgne le plus célèbre des années 1930. Ainsi se le figure-t-on aisément en enseignant-philosophe, à mi-chemin entre Henri Bergson et les hussards noirs de la République de Charles Péguy.

Représentant par excellence de la figure naissante de l'intellectuel public, Alain fut donc absolument un homme de son époque, de son imaginaire et de ses combats politiques, jusque dans ses turpitudes même. Ainsi, quoiqu'il fut dreyfusard dès la première heure, un antisémitisme certain transparait dans les écrits de la fin de sa vie, lequel surgit au grand jour depuis la parution intégrale du Journal qu'il rédigea à la fin de sa vie, où les remarques et les jugements qu'il consigne au sujet des Juifs traduisent les plus indignes préjugés antisémites qui avaient alors cours dans la société.

Que le penseur n'ait su manifester plus de hauteur de vue que ses contemporains les moins éclairés aggrave l'erreur historique de son soutien aux accords de Munich en 1938 : en s'opposant envers et contre tout à une guerre qui devenait inévitable, le pacifisme qu'il avait développé suite à son expérience de le la Guerre de 14-18 se changeait en attentisme, et son discours face à l'Allemagne nazie, jamais complaisant mais toujours empreint d'une certaine volonté d'apaisement, ne sut pas se hisser à la mesure des enjeux de son temps. Ainsi l'ultime égarement d'un homme de gauche, qui avait défendu avec constance des valeurs laïques et démocratiques dans le reste de son œuvre, semble entrer en résonance avec une question de notre actualité brulante, alors que nous nous demandons jusqu'où le pacifisme peut-il aller et comment s'assurer qu'il ne devienne fautif.

L'invité :
Thierry Leterre est professeur de sciences politiques au Centre Européen de l’université de Miami, après avoir enseigné à Sciences Po Paris ou à l'Université Versailles Saint-Quentin. Il est l'auteur de Alain - Le premier intellectuel, paru en 2006 chez Stock.




 

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